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Temps de lecture : 12 minutes (2441 mots)

Henri Matisse à l’Orangerie : exposition et estimation

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Henri Matisse et les Cahiers d'Art : du doute au renouveau

Je vous emmène aujourd’hui au Musée de l’Orangerie, où s'est tenue l’exposition « Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 1930 » durant le premier semestre 2023.

L’exposition s'est voulue, donc, focalisée sur une période précise, les années 30, au travers du prisme des Cahiers d’Art, créés par Christian Zervos en 1926, dont je vous parlerai juste après, qui aura su, en quelque sorte, réhabiliter Matisse dans cette période charnière.

Cette période correspond chez l’artiste Matisse à un manque d’inspiration et à une recherche de renouveau.

C’est donc ce que je vais tenter de vous faire découvrir, aujourd'hui, au travers de cette exposition : comment Matisse a su retrouver, soutenu notamment par Christian Zervos, cette inspiration tant chère à l’artiste et quelles en auront été les conséquences, tant artistiques que personnelles.

Revenons aux Cahiers d'Art.

Les Cahiers d’Art, publié donc par Zervos, rendent compte du travail de Matisse, tout en mettant en lumière le Matisse précédent des années 20.

Tout cela contribue à relancer la compétition avec Picasso, point qui est également mis en lumière dans cette exposition.

Cette publication, sorte de bulletin mensuel d’actualité artistique, avait comme vocation d’apporter au public une vision de l’art de l’époque, sous le prisme de deux figures emblématiques : Matisse et Picasso.

Henri Matisse et les Cahiers d’Art : le tournant des années 1930

Je vous emmène aujourd’hui au musée de l’Orangerie, où s’est tenue l’exposition Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 1930.

Cette exposition revenait sur une période décisive de la carrière de Henri Matisse : les années 1930. Après le succès des odalisques et des années niçoises, l’artiste traverse un moment de doute, de lassitude et de remise en question. Ce passage difficile deviendra pourtant l’un des grands moments de renouvellement de son œuvre.

À travers le rôle des Cahiers d’Art, fondés par Christian Zervos en 1926, l’exposition montrait comment Matisse retrouve progressivement une nouvelle énergie créatrice, entre voyages, commandes monumentales, dessin, gravure, livres illustrés et retour à la peinture.

Pourquoi cette exposition est-elle importante ?

  • Elle éclaire une période de doute et de renouveau chez Matisse.
  • Elle montre le rôle déterminant des Cahiers d’Art et de Christian Zervos.
  • Elle replace Matisse face à Picasso et aux grands artistes de son temps.
  • Elle permet de comprendre l’importance de la commande de La Danse pour le docteur Barnes.
  • Elle annonce les grandes recherches de Matisse sur la simplification, le découpage et la monumentalité.

Les Cahiers d’Art et Christian Zervos

Fondés en 1926 par Christian Zervos, les Cahiers d’Art jouent un rôle majeur dans la diffusion de l’art moderne. Cette revue ne se contente pas de commenter l’actualité artistique : elle construit un regard, met en relation les artistes et participe à la reconnaissance des grands créateurs de son époque.

Matisse y apparaît aux côtés de Picasso, Braque, Kandinsky, Mondrian ou encore Marcel Duchamp. Cette présence dans les Cahiers d’Art contribue à replacer son œuvre au cœur des débats modernes, à un moment où l’artiste traverse une période plus incertaine.

Matisse dans les années 1920 : succès et lassitude

Dans les années 1920, Matisse s’installe à Nice et développe l’un des ensembles les plus célèbres de son œuvre : les odalisques. Le succès est réel. Ses œuvres sont exposées en France et à l’étranger, et plusieurs rétrospectives confirment déjà son importance.

Mais derrière cette reconnaissance, l’artiste éprouve une forme de fatigue. Le cycle des odalisques semble s’épuiser. Matisse, alors âgé d’environ soixante ans, ressent la nécessité de se renouveler.

Cette période de doute est essentielle. Elle montre qu’un grand artiste ne progresse pas seulement par certitude, mais aussi par crise, par remise en question et par besoin de retrouver une nécessité intérieure.

Le voyage comme déclencheur

Face à cette lassitude, Matisse choisit le déplacement. Il quitte la France pour un long voyage, passant notamment par New York puis Tahiti, sur les traces de Gauguin.

Ce voyage lui offre un nouvel horizon : d’autres lumières, d’autres espaces, d’autres rythmes. Il ne s’agit pas seulement d’un déplacement géographique, mais d’une véritable mise à distance. Matisse quitte son environnement habituel pour rouvrir son regard.

Cette expérience contribuera à renouveler son rapport à la couleur, à l’espace et à la monumentalité.

La commande de La Danse pour le docteur Barnes

Les années 1930 sont marquées par une commande décisive : La Danse, destinée au docteur Albert C. Barnes aux États-Unis. Cette composition monumentale oblige Matisse à repenser son langage à grande échelle.

Le thème de la danse n’est pas nouveau chez lui. Il l’explore depuis plusieurs décennies, notamment avec La Joie de vivre et les grandes compositions décoratives. Mais la commande Barnes lui impose un nouveau défi : adapter son langage à un espace architectural.

Ce travail monumental devient un laboratoire. Matisse y recherche une forme plus simple, plus directe, plus essentielle.

Revenir à l’essentiel

Pour se renouveler, Matisse retourne aux sources. Il voyage à Padoue et contemple les fresques de Giotto, dont il admire la clarté de composition.

Cette référence est importante. Elle montre que la modernité de Matisse ne naît pas d’un rejet du passé, mais d’un dialogue avec les grands maîtres. Pour avancer, il revient à une forme de simplicité fondamentale.

Dans la composition de La Danse, cette recherche se traduit par des formes épurées, des couleurs franches et une organisation monumentale de l’espace.

Les découpages : une méthode de travail décisive

Pour préparer La Danse, Matisse utilise des papiers découpés et punaisés sur toile. Cette méthode lui permet de déplacer les formes, de corriger la composition, de chercher l’équilibre avant l’exécution finale.

Ce procédé annonce les célèbres gouaches découpées de la fin de sa vie. Dans les années 1930, il s’agit encore d’un outil de composition. Plus tard, ce deviendra un langage artistique à part entière.

L’exposition permettait ainsi de comprendre que les papiers découpés ne surgissent pas soudainement dans les années 1940 : ils s’inscrivent dans une longue recherche sur la simplification, le déplacement et la construction de l’espace.

Le regard du commissaire-priseur

Cette période des années 1930 est essentielle pour comprendre le marché de Matisse. Elle correspond à un moment de transformation profonde : l’artiste quitte progressivement la séduction décorative des odalisques pour retrouver une forme plus synthétique et plus monumentale.

Pour l’expertise d’une œuvre, cette période est particulièrement intéressante, car elle éclaire le passage entre la peinture de chevalet, le dessin, la gravure, le livre illustré et les recherches qui mèneront aux grands découpages de la fin de sa vie.

Dessin, gravure et livres illustrés

Durant cette période, Matisse délaisse en partie la peinture pour se consacrer au dessin et à la gravure. Cette activité n’est pas secondaire : elle lui permet de rechercher une ligne plus pure, plus directe, plus synthétique.

Il travaille également pour l’édition, notamment avec les illustrations des Poésies de Mallarmé et d’Ulysse de James Joyce. Ces projets montrent combien le livre illustré occupe une place importante dans son œuvre.

Chez Matisse, le dessin n’est jamais une simple préparation. Il est une manière de réduire, de clarifier, de trouver la ligne juste.

Lydia Delectorskaya et le retour à la peinture

À partir de 1935, la présence de Lydia Delectorskaya joue un rôle important dans le retour de Matisse à la peinture de chevalet. Elle devient son modèle privilégié et accompagne cette nouvelle phase de création.

Des œuvres majeures naissent alors, parmi lesquelles Le Rêve ou Nu rose. Matisse retrouve la peinture, mais transformé par les expériences précédentes : la monumentalité, la simplification, le découpage et le travail de la ligne ont modifié son regard.

Le Régina à Nice : une nouvelle lumière

À la fin des années 1930, Matisse s’installe au Régina à Nice, ancien palace devenu l’un de ses grands lieux de création.

Dans ces nouveaux ateliers niçois, il réalise des tableaux lumineux, où les nus, les portraits, les décors végétaux et les motifs exotiques se fondent dans des compositions d’une grande richesse.

Ces œuvres peuvent être vues comme la synthèse de la décennie : Matisse y retrouve la sérénité, mais une sérénité conquise après le doute, le voyage, la commande monumentale et la recherche d’un langage renouvelé.

Matisse et Picasso : une rivalité féconde

Les Cahiers d’Art contribuent également à relancer le dialogue entre Matisse et Picasso. Les deux artistes incarnent deux pôles essentiels de l’art moderne.

Cette confrontation n’est pas une simple rivalité personnelle. Elle structure une partie de l’histoire de l’art du XXe siècle. Picasso représente la rupture, la fragmentation, l’énergie de la forme. Matisse poursuit une autre voie : celle de la couleur, de la ligne, de l’équilibre et de la sensation.

Les années 1930 permettent de comprendre combien cette tension entre les deux artistes est féconde.

Notre avis sur l’exposition

Cette exposition avait le mérite de se concentrer sur une période précise, souvent moins connue du grand public que le Fauvisme, les odalisques ou les papiers découpés.

Elle montrait un Matisse au travail, un Matisse qui doute, cherche, voyage, recommence. C’est précisément ce qui rend cette période passionnante.

L’exposition permettait aussi de comprendre que le renouveau artistique ne naît pas toujours d’un élan immédiat. Il peut venir d’un moment de silence, de fatigue, de crise intérieure. Chez Matisse, cette crise devient une formidable source d’invention.

Que retenir pour le collectionneur ?

  • Les années 1930 constituent une période charnière dans l’œuvre de Matisse.
  • Les dessins, gravures et livres illustrés de cette période doivent être replacés dans une recherche globale.
  • La commande de La Danse annonce les grands travaux monumentaux et les futurs découpages.
  • La provenance, la datation et la technique sont essentielles pour toute estimation.
  • Une œuvre de Matisse doit toujours être analysée dans son contexte de création.

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Conclusion

L’exposition Matisse. Cahiers d’art, le tournant des années 1930 rappelait qu’un artiste majeur ne cesse jamais de se transformer. Chez Matisse, les années 1930 ne sont pas une période secondaire. Elles forment un moment de doute, de voyage, de recherche et de renaissance.

En revenant à l’essentiel, en simplifiant son langage et en affrontant la monumentalité, Matisse prépare les grandes inventions de la fin de sa vie.

C’est ce qui rend cette décennie si passionnante : elle nous montre un artiste déjà reconnu, mais encore capable de se remettre entièrement en question pour trouver une nouvelle liberté.

Matisse figure alors aux côtés des artistes de son temps, qu’il s’agisse de Braque, Kandinsky, Mondrian ou même Marcel Duchamp.

Resituons tout d’abord le contexte.

Dans les années 20, Matisse quitte son atelier d’Issy les Moulineaux et s’installe à Nice, période qui correspond à une série sur laquelle il travaillera pendant 10 ans, et que nous connaissons tous : les Odalisques.

Alors, le succès est là : la galerie Paul Guillaume expose en 1926 des œuvres historiques comme la Leçon de piano datée de 1916, sans compter les nombreuses retrospectives à Berlin, Paris, Bâle ou encore New-York.

Mais malgré cela Matisse traverse une période difficile, semée de lassitude et de doute.

Le doute, vaste question, pour tous : une remise en question qui permet de se réinventer.

Rappelons-nous que Matisse est alors âgé de 60 ans, et se trouve à un tournant de sa vie où il est temps de se renouveler pour créer à nouveau des œuvres qui le dépassent.

C’est une période durant laquelle il délaisse la peinture pour se consacrer au dessin et à la gravure.

Matisse produira près de 300 lithographies en quelques mois.

Estimation Gratuite

Que fait-on ou qu’aimerions-nous faire en cas de lassitude et de train train ?

Voyager .

C’est exactement ce que fait Matisse : il quitte la France pour un long voyage à Tahiti, sur les pas de Gauguin, en passant par une longue traversée de l’Atlantique et la découverte de l’impressionnante ville de New-York.

Puis c’est l’arrivée à Tahiti et la découverte d’un autre espace, d’une autre lumière, d’autres cultures.

Une nouvelle mise à disposition de son esprit qui permettra de lui apporter un autre horizon, un souffle nouveau.

Les années 30 sont marquées par des commandes dont la composition La Danse pour le Docteur Barnes aux Etats-Unis et l’illustration des Poèmes de Mallarmé.

Albert C. Barnes est un grand collectionneur qui commande à Matisse cette grande composition que nous connaissons tous, pour la décoration de la grande salle principale de sa fondation.

Nouveau challenge pour Matisse : le travail monumental sur un thème la Danse, qu’il avait déjà exploré dès 1906 dans Joie de Vivre, appartenant alors au Docteur Barnes.

Le décor est plancté : tout est donc là pour que Matisse puisse se réinventer.

D’un point de vue graphique, on remarquera une simplicité formelle, qui correspond à son état d’esprit.

Matisse avait besoin de s’épurer, de rechercher ce qui constituait l’intrinsèque de sa démarche.

Pour cela il retourne aux sources mêmes de l’art et part à Padoue où il contemple les fresques de Giotto (1267-1337) qu’il qualifie « tout à fait extraordinaires comme clarté de composition »

Nous y voilà : Revenir à l’essentiel, revenir aux sources de soi-même est probablement pour l’artiste l’acte le plus difficile qu’il soit.

Techniquement, il recourt aux découpages de papier punaisés sur toile pour la mise en place de la composition monumentale.

Par des photographies successives, il capte l’avancée de son travail.

On retrouve ce même état d’esprit dans la progression synthétique de son travail dans la sculpture : à l’image de ses têtes de Henriette (1929) qui deviennent de plus en plus synthétiques.

Mais une fois réalisé, c’est la naissance d’un artiste nouveau.

Parallèlement, les éditions Skira  lui commande des illustrations pour les Poésies de Mallarmé et Ulysse de James Joyce, dont une partie de l’exposition propose une section.

Pour Matisse tout va très vite, car dès 1935, Lydia Delectorskaya permet à Matisse de renouer avec la peinture de chevalet.

Après avoir touché au monumental, il se recentre sur son travail d’atelier et Lydia deviendra son modèle privilégié, jusqu’à la fin des années 30, et donnera naissance à des œuvres majeures telles que Le Rêve ou Nu Rose.

Estimation Gratuite

La décennie des années 30 s’achève sur un renouveau pour Matisse. Il s’installe au Régina à Nice, ancien palace, et réalise dans ses nouveaux ateliers niçois, de très beaux tableaux lumineux.

Un ensemble de tableaux figurant des nus et des portraits dont les parures se fondent aux décors animés de végétaux et d’animaux exotiques.

On peut tout à fait affirmer que ces tableaux, qui clôturent notre exposition, expriment la synthèse de ce travail de cette décennie qui lui a permis de retrouver la sérénité d’esprit.

Désormais Matisse est capable de porter un regard universel, tout en se recentrant sur son univers quotidien. 

Elodie Couturier

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