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L'art de la taille directe de l'Antiquité au XX° siècle

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L'art de la taille directe de l'Antiquité au XX° siècle

            La taille directe est une technique de sculpture par laquelle l’artiste découpe directement un bloc brut de de pierre, de marbre, de bois, d’ivoire, d’os, ou de corne à l’aide de divers matériaux pour en faire émerger la forme. Le sculpteur doit lui-même tailler le matériau et ne doit pas reproduire à l’identique un modèle.  Dans les cas contraires, il s’agit de la taille avec mise au point. La taille directe nécessite une grande technique. C’est pourquoi certains artistes réalisent des travaux préparatoires. Ils peuvent produire des dessins d’exécution, c’est-à-dire des croquis non détaillés à grandeur réelle dessinés sur tous les côtés du bloc. De plus, ils peuvent, par l’opération de délinéation, tracer les contours de la forme sur le matériau. Ils peuvent encore utiliser un patron en papier, en bois, en parchemin, ou en métal qu’ils placent sur le bloc avant de commencer la taille. Il existe différents procédés pour évider le matériau : le débitage, l’épannelage, l’ébauchage, l’enfoncement, ou le sciage. De nombreux outils sont alors nécessaires. Certains sont à usage manuel, comme la masse ou les pointes, et d’autres à usage électronique, comme les disqueuses ou les ponceuses. Selon les instruments employés, la surface de la sculpture sera différente. Le sculpteur apporte des finitions à son œuvre en l’abaissant pour retirer de l’épaisseur, en la dégauchissant pour la polir, en l’avivant pour rendre les arrêtes pointues, et en l’abattant pour l’arrondir. Tout ce procédé laisse une grande liberté de création à l’artiste.  Ainsi, les sculptures en taille directe sont toutes uniques. La technique s’est développée et améliorée au fil des siècles, de la Préhistoire à nos jours.

 

            Les sculptures en taille directe existent depuis la Préhistoire. Néanmoins, elles commencent à véritablement se développer durant l’Antiquité grecque et romaine.

            Pendant la Grèce antique, la majorité des sculptures sont conçues par taille directe. Les Grecs utilisent principalement des blocs de bois, de pierre, ou de marbre. A l’origine, ces statues sont peintes, et certains morceaux de bronze ou d’or peuvent être plaqués dessus. Une sculpture de taille humaine se conçoit en une année en raison des matériaux de l’époque. La plupart des statues sont des nus. Durant le style cycladique entre -3200 et -2700, elles sont irréellement proportionnées. Ensuite, les détails réalistes progressent très lentement. En effet, deux milles ans plus tard, durant la période archaïque, les œuvres sont plus détaillées : l’anatomie humaine est davantage représentée. Toutefois, les proportions restent erronées et les détails sont invraisemblables. Ce n’est qu’à partir de l’époque classique, entre le V° et le IV° siècle avant J-C, que la technique de la taille directe commence à être vraiment acquise. En effet, les détails deviennent nombreux et réalistes : les personnages sont en mouvement, portent désormais des tissus, et l’anatomie humaine est correctement sculptée. Les marbres Anthéna Parthénos et Aphrodite Braschi en sont des illustrations. Durant la période helléniste entre le IV° siècle et le I° siècle avant J-C, les sculptures taillées directement dans la matière sont encore plus réalistes. En effet, les émotions et l’âge sont perceptibles. De plus, la musculature est concrète. Par ailleurs, davantage de sculptures comportent plusieurs personnages. Ils ont un aspect théâtral en raison de leurs mouvements et leurs actions dans des scènes violentes. Pourtant, certaines sculptures représentent des scènes pacifistes avec autant de détails. C’est le cas de Vénus de Milo, une immense statue de marbre haute de deux mètres réalisée vers -150 et -130.

            Sous l’Antiquité romaine, les sculptures en taille directe sont nombreuses. Elles s’inspirent grandement de celles de la Grèce antique. Néanmoins, les Romains développent progressivement leur propre style en inventant le buste. De plus, ils incorporent encore plus de détails au niveau du visage et des cheveux, même s’ils ne sont pas flatteurs. Le Portrait de Marc Aurèle en est une illustration. En revanche, à la recherche du beau, le corps reste irréaliste. A partir du II° siècle avant J-C, la plupart sont réalisées en marbre ou en pierre. Dès la fin du I° siècle, les hauts et bas-reliefs taillés servent à raconter des histoires. Les pierres colorées telles que le granit gris sont davantage utilisées. Sous l’Empire romain d’Occident, les reliefs sont privilégiés aux rondes-bosses pour les représentations religieuses. En effet, une sculpture ronde-bosse en taille directe coûte très chère à réaliser en raison du coût du matériau et des outils.

 

            Néanmoins, les sculptures en taille directe perdent de leur qualité sous le Moyen-Age, pour ensuite atteindre leur apogée durant la Renaissance.

            En effet, les sujets des sculptures sont limités au Moyen-Age : les sculptures représentent principalement des scènes religieuses, comme en témoigne la ronde-bosse Adam de 1260.  Elles sont pour la plupart en pierre. Inspirées de l’Antiquité romaine, elles sont souvent peintes. En outre, elles servent majoritairement de décoration à l’intérieur des églises, cryptes, ou cloîtres. A partir du XI° siècle, les sculptures en taille directe sont des bas-reliefs monumentaux et détaillés ornant la façade des lieux de culte. Les plus influents sculpteurs de cette période sont le Maître de Cabestany et Bernard Gilduin. Au XII° siècle, les bas-reliefs sont épurés et ne sont plus peints. Par la suite, entre le XIII° et le XV° siècle, les sculptures gothiques en taille directe sont de nouveau peintes avec de vives couleurs. De plus, les rondes-bosses en pierre se font plus nombreuses. Le Maître de Naumburg est un des sculpteurs religieux le plus important de l’art gothique.

            Ensuite, les sculptures en taille directe sont à leur apogée durant la Renaissance. En effet, les artistes privilégient la conception de sculptures aux peintures. Ainsi, de nombreux exemplaires sont produits. De plus, les sculpteurs issus de la Renaissance italienne de 1300 à 1600 s’inspirent grandement des modèles de l’Antiquité grecque à l’époque classique et étroitement des œuvres romaines antiques. De fait, au XIV° siècle, le corps humain est de nouveau dénudé, mais aussi correctement représenté avec de nombreux détails réalistes et des mouvements. Au XV° siècle, les sculpteurs sont à la recherche de plus de mouvement et de réalisme. De plus, ils réalisent principalement des rondes-bosses en pierre et en marbre afin que le spectateur puisse passer du temps à examiner la sculpture en marchant autour. A partir de cette époque, une véritable maîtrise des détails est acquise, comme le montre Pietà de Michel-Ange. Au XVI° siècle, les sculpteurs italiens continuent de s’inspirer des œuvres de l’Antiquité. En France, les sculpteurs sont influencés par les Italiens. Les plus grands artistes français du siècle sont Jean Gougon, Pierre Bontemps, et Germain Pilon. Il est impossible de différencier le style français et italien durant cette époque en raison des nombreux échanges à travers l’Europe. Par exemple, Domenico del Barbieri est un sculpteur italien qui a œuvré en Italie.  La statue en taille directe la plus majestueuse de toute la Renaissance reste David de Michel-Ange, conçue entre 1501 et 1504. Au XVII° siècle, de nombreuses commandes sont réalisées afin de placer ces sculptures dans des demeures privées et des châteaux. Par exemple, Persée et Andromède par Pierre Puget est une sculpture commandée par Louis XIV afin d’orner les jardins du château de Versailles. Cette majestueuse œuvre représente différents personnages en mouvement, ornés de nombreux détails et de drapés. Certains ont le corps à moitié dénudé.

 

            Ensuite, entre le XVIII° et le XX° siècle, le style de la sculpture en taille directe change radicalement.

            En effet, entre le XVIII° et le XIX° siècle, il connaît une forte évolution. A partir des années 1700, les sculpteurs utilisant la technique de la taille directe s’écartent peu à peu de l’inspiration antique. Ils représentent davantage de scènes de genre, avec moins d’action. De fait, les personnages sont moins en mouvement. Néanmoins, les détails réalistes persistent. En effet, La Frileuse, un marbre taillé en 1783 par Jean-Antoine Houdon, comporte une femme enveloppée de drapé avec beaucoup de plis. Toutefois, certains sculpteurs n’arrivent pas à rompre avec le style de l’Antiquité. Par exemple, Lambert Sigisbert Adam s’inspire de cette époque pour la conception de ses sculptures en taille directe, comme La Poésie qu’il a réalisée en 1732. Au siècle suivant, le style est simplifié. Dès la seconde partie du XIX° siècle, la taille directe est délaissée : c’est la mode du bronze. C’est pourquoi la plupart des sculptures en taille directe de cette époque sont issues de commandes du gouvernement du Second Empire et de la Troisième République, ou encore des écoles d’art. Un des plus majestueux sculpteurs du XIX° siècle utilisant la taille directe est François Rude. Son plus grand chef-d’œuvre Le Départ des volontaires de 1792, un haut-relief conçu en 1836 pour orner la façade de l’Arc de Triomphe.

            Ensuite, Joseph Bernard a permis dès 1905 à renouveler la technique de la taille directe pour les sculpteurs français grâce à ses nombreuses œuvres comme L’Effort vers la Nature de 1906 et 1907. L’art du XX° siècle est marqué par de divers styles. De fait, les artistes peuvent véritablement laisser cours à leur imagination pour la conception de leurs sculptures. De plus, l’évolution des outils permet aux sculpteurs d’expérimenter différents genres. Ainsi, dans les multiples styles, une innovation s’impose : les sculptures comportent davantage de formes simplifiées. Contrairement aux siècles précédents, les surfaces ne sont plus autant polies. En effet, les œuvres du sculpteur abstrait Henry Moore comportent souvent des trous et des cavités. Grâce à la taille directe, laissant place à une grande liberté artistique, il invente des formes innovatrices et originales, pour lesquelles il est aujourd’hui connu. Pour ses sculptures conçues avec cette technique, il a souvent recours au marbre. Bien que de nombreux artistes comme Modigliani continuent de sculpter ce matériau, il est moins utilisé qu’aux siècles antérieurs. C’est la pierre qui est le plus taillée. Le bois est également utilisé. Etienne Martin, un sculpteur abstrait, maîtrise habillement la taille directe en bois, comme le montre l’édition dans ce matériau de Poisson cœur. Néanmoins, l’inspiration antique ne disparaît pas totalement : quelques artistes du XX° siècle persistent à concevoir des sculptures en taille directe de style classique.

 

            En conclusion, la taille directe est la technique de sculpture la plus difficile et la plus longue à réaliser. Elle montre donc le talent de l’artiste. Elle s’impose dès l’Antiquité, et ne cesse d’évoluer avec son temps. De nombreux chefs-d’œuvre témoignent de cette évolution. Aujourd’hui encore, de nombreux sculpteurs continuent de perfectionner la taille directe.

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Vénus de Milo, statue de marbre (vers -150 et -130)

 

Article rédigé par Sophie Couturier 

SourcesDossier pédagogique du musée Rodin, p.15 - Pierre info - La sculpture, méthode et vocabulaire (livre), pages 578 à 606 - Sculpture grecque antique, Wikipédia - Sculpture romaine - Sculpture française

 

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