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Mickalene Thomas au musée de l'Orangerie

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Visite au musée de l’Orangerie pour voir l’exposition intitulé « contrepoint contemporain Mickalene Thomas, avec Monet. »

Souvenez-vous, je vous avais emmené à la Fondation Louis Vuitton qui mettait en scène le face à face entre Joan Mitchell et les Nymphéas de Claude Monet. Je vous avais fait partager mon point de vue à ce sujet, mais là n’est pas le propos du jour, et je vous invite donc à vous reporter à ma vidéo consacrée à ce sujet.

Nous revoici donc à nouveau dans un face à face, mais qui, je dois le dire, n’est pas tout à fait identique ici.

Pour reprendre le terme du musée de l’Orangerie, il s’agit d’un contrepoint contemporain entre les deux artistes Mickalene Thomas et Claude Monet.

Je vais, bien entendu, vous faire partager mon opinion.

Mais avant cela, penchons-nous sur le personnage de Mickalene Thomas.

Qui est-elle ?

Pourquoi a-t-elle souhaité ce face à face ?

Mickalene Thomas est née en 1971, dans le New Jersey – « le même jour qu’Alice Neel », le 28 janvier –

Petite parenthèse – si vous n’avez pas encore vu l’exposition d’Alice Neel au Centre Pompidou à Paris, il n’est pas encore trop tard, même si vous pouvez bien entendu vous rabattre sur la vidéo que j’y est consacrée.

Mickalene Thomas, développe une œuvre où les questions de genre et de race, et les questions artistiques sont indissociables.

Connue pour traiter de la beauté, du désir et du pouvoir des Noirs dans son art, son travail critique fréquemment le canon historique de l'art dominé par les hommes blancs.

L’artiste a élaboré un vocabulaire de de l’érotisme noir très personnel, une vision de la sexualité noire et de l’esthétisme queer noire axée sur des thèmes  heureux du loisir, de la joie et de la pensée.

Le travail de Mickalene Thomas mêle relectures de l’histoire de l’art, goût pour la culture pop et dimension politique affirmée.

A l’aide des procédés techniques les plus divers, elle compose des scènes – parfois au travers de références aux peintres du passé, d’Ingres à Picasso – qu’elle installe dans des environnements domestiques réinventés.

Mickalene Thomas replace la femme afro-américaine dans des peintures et des collages faits de juxtapositions et de materiaux avec une approche assumée du Baroque et du Rococo.

L’artiste revendique à la fois l’héritage des modèles de poses et des portraits des peintres du XIXème siècle parmi lesquels figurent Ingres, Courbet et Manet, tout comme l’ascendance de la peinture du XXème ; Picasso et Matisse au début du siècle, et plus tardivement David Hockney.

Ses peintures sont précieusement ornées de strass  ( assez kitsch ) et de peinture émaillée ; les coiffures afros architecturent le maquillage et les bijoux des modèles, l’acrylique posée en transparence lustre les peaux noires et rend les formes abstraites lorsqu’elle est en aplat. Les collages ont été développés à partir de ressources photographiques personnelles et d’images scannées

Alors pourquoi a-t-elle souhaité ce face à face ?

Son séjour à Giverny lui a ouvert les yeux. "Giverny lui a donné l'occasion de réfléchir au travail de composition de Monet et d'étudier le paysage, qui n'était pas un genre central dans son œuvre…La biographie du peintre lui a également offert une histoire de liberté, de rébellion contre les normes de son époque »

Chacune de ses œuvres puise dans l’histoire de l’art et la culture populaire, toute en en critiquant les présupposés afin d’offrir une représentation plus complexe de la féminité de la sexualité, du désir et du pouvoir dans un dialogue avec l’œuvre de Monet.

Mais pourquoi avez-vous décidé de venir ici en 2011 ? 

«  Un : aller dans un pays que je ne connaissais pas.

Deux : aller là où Manet, Monet ou Matisse ont peint et ressentir la lumière et les paysages qu’ils ont peints.

Trois : pour le bonheur d’une « femme noire américaine » qui vient des États-Unis à Paris, où tant d’artistes afro-américains sont venus au XXsiècle, ont été acceptés et ont pu travailler. Et c’est ce qui m’est arrivé. Durant ce séjour, j’étais libre de créer dans un environnement paisible sans avoir à justifier de mon identité, de mon genre ou de ma vie. J’étais libre de regarder par la fenêtre et de faire un paysage si je le voulais. Libre comme Monet. »

Elle propose donc sa vision personnelle des espaces que l’artiste impressionniste avait conçus pour lui-même – la maison, la salle à manger, le jardin d’eau – et sa propre interprétation contemporaine du célèbre Déjeuner sur l’herbe, d’abord peint par Manet puis réinterprété par Monet.

Pour ce contrepoint contemporain, Mickalene Thomas propose trois nouveaux collages à grande échelle, une peinture monumentale et une installation immersive spécifique à un site qui reprend sa vidéo/sculpture de 2016, « Me As Muse ». Ces œuvres représentent l'étendue du langage visuel que l'artiste a développé au cours des vingt dernières années tout en revisitant le temps qu'elle a passé en tant qu'artiste en résidence dans la maison de Claude Monet à Giverny, en France, en 2011.

Dans les collages, Thomas se met à l'aise dans les pièces et les environnements extérieurs que Monet a conçus et dont il s'est inspiré. En ajoutant les strass et autres éléments brillants qui sont sa marque de fabrique, Thomas transforme les espaces de Monet en les faisant siens.

Des photographies du jardin de Monet forment l'arrière-plan de Le Déjeuner sur l'herbe : les Trois Femmes avec Monet (2022), la réponse radicale et festive de Thomas au Déjeuner sur l'herbe, d'abord peint par Édouard Manet en 1862-63 puis réinterprété par Monet en 1865-66. Thomas remplace les figures blanches par trois femmes noires qui regardent le spectateur avec assurance. Leurs cheveux sont fièrement portés au naturel ou coiffés en tresses complexes, tandis que leurs vêtements évoquent les années 1970 - l'apogée des mouvements pour les droits civiques et Black is Beautiful aux États-Unis.

Le jardin réapparaît lorsque Thomas actualise « Me as Muse « (2016) avec des photographies et de faux arrangements floraux, fournissant un arrière-plan aux écrans vidéo sur lesquels l'artiste utilise son propre corps nu pour critiquer la tradition de l'odalisque dans l'art occidental. Des enregistrements des oiseaux de Giverny sont combinés avec la voix de la chanteuse Eartha Kitt, une figure inspirante pour Thomas, énumérant les mauvais traitements qu'elle a subis tout au long de sa vie.

La réponse innovante et très personnelle de Thomas à l'homme Monet et à l'artiste Monet ne peut que lui appartenir, et je respecte ce point de vue, comme celui de chacun.

Alors il ne s’agit heureusement pas d’un face à face, mais bien donc d’une refléxion personnelle de l’artiste en rapport avec son séjour à Giverny.

 « Ma résidence à Giverny m’a beaucoup marquée, rapporte-t-elle.  J’y ai perçu des notions essentielles sur la manière de composer un tableau, et surtout de traduire ce sentiment de rebellion qui anime les artistes »

Transcendant ses influences esthétiques et évoquant l’invisibilité des corps noirs dans une histoire de l’art subjective, l’oeuvre de Mickalene Thomas s’implique politiquement en plaçant le corps de la femme noire américaine comme objet central au coeur du tableau. La figure occupe tout l’espace pour s’affirmer avec panache comme l’une des composantes essentielles de la société américaine. En complément de ces postures rigoureusement cadrées, l’artiste insuffle à ces femmes une dynamique de séduction et d’attraction qui passe par une approche formelle de grande précision : la maîtrise complexe du rythme, de la forme, de la couleur et du motif parvient à construire un espace pour en déconstruire aussitôt les possibilités de réel.

Il ne faut à mon sens pas le prendre comme une exposition mais un petit peu comme un essai.  Je vois un petit peu cette artiste comme une chercheuse. Contrairement à l’exposition Joan Mitchell, qui propose un véritable face face, qui n’était d’ailleurs pas souhaité par l’artiste elle- même : l'artiste expressionniste abstraite Mitchell a toujours été réticente à toute association avec Monet.

Cette exposition est cette fois ci issue de la volonté de l’artiste Mickaele Thomas.

C’est d’ailleurs pourquoi le terme de contrepoint contemporain est parfaitement trouvé, et le terme intitulé dans le titre « avec Monet » indique la reconnaissance de l’héritage de Monet dans sa rébellion artistique et tout ce qui lui a apporté dans la transmission artistique.

 

 

 

 

 

 

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