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Pierre Dimitrienko, gestualité et expression

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Pierre Dimitrienko, gestualité et expression

Dans la France des années 1950, la peinture est à l'abstraction. La nouvelle école de Paris, avec Jean Bazainecomme chef de file, regroupe les peintres Maurice Estève,Charles LapicqueJean Le MoalAlfred ManessierPierre Tal Coat, entre autres, et elle est soutenue par deux historiens de l’art, Bernard Dorival et Pierre Francastel. Pierre Dmitrienko s’y insère naturellement. En 1948, il fait partie du groupe Mains éblouies qui réunit la plupart des jeunes artistes abstraits et expose à la galerie Maeght. Au sein du groupe, Dmitrienko apporte quelque chose de personnel, un sens du sacré venu, peut-être, de la religion orthodoxe. Plus tard, il nommera certaines de ses toiles Icônes.

Pierre Dmitrienko, comme ses contemporains, refuse une figuration explicite du quotidien. Tout en en rendant compte, il témoigne d’une difficulté à représenter désormais la figure humaine, travaille une gestualité et une matière expressives, une certaine forme de violence formelle et utilise de manière récurrente la couleur noire.

Les Usines de 1952-1953, les Bras-mortCrucifixion, Port(s)Mines de bauxite6 de 1954, les Inondation(s)Le Grand Vent7Brocéliande,Monts d’Arrée et Gennevilliers de 1955 en sont les témoignages. Bénéficiant d'un certain succès, présent dans les revues importantes,Cimaise ou Jardin des Arts, l'artiste enchaîne exposition sur exposition.

En 1950, à Lausanne, la galerie de la Paix lui offre, pour la première fois, tout son espace, et il participe, la même année, au Salon de Mai. En 1953 il fait, chez Lucien Durand, sa première exposition personnelle parisienne ; elle sera suivie de deux autres. C'est lors de cette première exposition qu'il rencontre, le soir du vernissage, l'actrice Christiane Lénier qui deviendra sa seconde femme. Puis la galerie de Jacques Massol, soutenue avec efficacité par Bernard Dorival, prendra le relais jusqu’en 1960.

Dmitrienko, alors, voyage. Les « coloris » des lieux, des pays et paysages traversés imprègnent son œuvre. « Peindre n'est pas dépeindre », écrivait Georges Braque et, de fait, dans les œuvres de Dmitrienko, les couleurs prennent le pas sur un réel qu’il déstructure.

Apparaissent les séries des « Forêt », « Forêt en feu », « Forêt pétrifiée13 », de 1956 et 1958, les « Ferraille » de 1957, les « Carrière », les « Auvergne » et La Nuit de maide 1958-1959, les « Givre » où il applique en glacis toutes les nuances du blanc. Viennent, en 1959, les « Espagne », qu'il peint avec des accents rouge feu ou, parfois, des lumières plus nuancées, comme pour le Désert rose.

« Ce n'est pas l'aspect d'un paysage individualisé qui fait l'objet de son art, note Bernard Dorival, mais c'est la vie même du monde — un monde qu'il appréhende comme une puissance changeant perpétuellement et en train de se recréer elle-même. Son essence, à ses yeux, c'est son existence. »

À cette époque (1954-1962), Dmitrienko vit à la campagne à proximité de Paris, dans différentes maisons de Nerville-la-ForêtDieudonné, et Bois Ricard.

Les galeries accueillent une œuvre dont la critique d’art s’est emparée et les acheteurs suivent. Mais le peintre est également conscient de vivre dans un monde tragique. Lorsque, en 1954 et en 1956, il peint Golgotha puis Gethsémani, deux œuvres majeures, il inscrit, d’une croix sur la surface de ces deux toiles, sa mystique personnelle. Le Camp de la mort, en 1956, montre son besoin de témoigner de la condition humaine. La Barricade20, qui est aussi un hommage à DelacroixGrande banlieueLa Ville, de 1957, sont des œuvres qui, à la fois, historicisent et politisent le motif du paysage.

Cet homme connu pour être si vivant, amateur des plaisirs de l'existence, féru d’équitation et appréciant les longues marches dans la campagne, dévoile là une spiritualité et une morale qui n'ont rien à voir avec les religions même si on peut y voir l'influence d'une mystique chrétienne. Ces années-là sont heureuses.

En 1959, Dmitrienko achète le château abandonné deNivillers, près de Beauvais dans l’Oise. Il installe son atelier dans les anciennes orangeries. Le paysage autour montre des plaines désolées traversées par des tornades de pluie. Il les peint dans la série des « Pluie » et des « Tornade » : Pluie dorée, Terre de pluie, Ciel de pluie, Pluie fine, Pluie de pierre, Pluie brulée datent tous de 1960. Suivront les Pluies grises et les Fantômes de la pluie où, telles des apparitions, des silhouettes humaines se détacheront des éléments naturels, pour la première fois.

1960 est une année déterminante pour Dmitrienko. Sa technique picturale, aussi, change radicalement. Auparavant il peignait avec des glacis successifs, sur une toile cérusée, ce qui donnait à son œuvre un aspect brillant et lumineux. Dorénavant il travaillera en jus léger, ou en épaisseur au couteau, quasiment sans aucun repentir, sur une toile absorbante, préparée à la colle de peau. La matité des tableaux obtenus par cette technique est foncièrement déterminante pour la suite de son œuvre. L’émergence de l’homme comme sujet de l’œuvre se fait aussi dans le changement radical de sa manière de peindre.

En 1960, aussi, naît son fils Rurik.

En 1961, Dmitrienko est l'un des lauréats de la première biennale de Paris qui s'est tenue en 1959.

Cette période se clôt sur trois très grandes toiles (180 × 300 cm) de 1961 : La Ville (sur le quai)La Sorcière de la pluieTendre est la pluie qui sont exposées, l’année suivante, à la galerie Creuzevault. Elles annoncent les « Présence ».

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